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	<title>Blended - Le blog de Première Heure &#187; David Chase</title>
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	<description>Pop Culture &#38; Média Convergence</description>
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		<title>Interview exclusive de David Chase :</title>
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		<pubDate>Tue, 10 Mar 2009 13:03:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Aurelien</dc:creator>
				<category><![CDATA[Culture & Entertainment]]></category>
		<category><![CDATA[Our Favorite Things : notre rubrique fourre-tout & un peu narcissique.]]></category>
		<category><![CDATA[David Chase]]></category>
		<category><![CDATA[Interview]]></category>

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		<description><![CDATA[Au bout de presque 35 ans de carrière, David Chase, l&#8217;homme aux multiples talents (créateur entre autre de la série culte « Les Soprano »), détenteur de sept Emmy Awards, nous a accordé un entretien fleuve, libre et engagé. Des Soprano à Mad Men, de Batman à Iron Man, des web-séries aux films d&#8217;auteurs, de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Au bout de presque 35 ans de carrière, David Chase, l&#8217;homme aux multiples talents (créateur entre autre de la série culte « Les Soprano »), détenteur de sept Emmy Awards, nous a accordé un entretien fleuve, libre et engagé. Des Soprano à Mad Men, de Batman à Iron Man, des web-séries aux films d&#8217;auteurs, de la création de son premier film à l&#8217;écriture collective.  Il raconte tout.</strong></p>
<p><a href="http://blended.fr/wp-content/uploads/2009/03/david-chase2.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-938" title="david-chase2" src="http://blended.fr/wp-content/uploads/2009/03/david-chase2.jpg" alt="" width="340" height="233" /></a></p>
<p><a href="http://blended.fr/940/interview-exclusive-de-david-chase-en-anglais/">Lire l&#8217;entretien en anglais.</a></p>
<p><strong>Bonjour David, </strong></p>
<p><strong>« Technikart » a fait sa une, il y a un an, avec ce titre : <em>&nbsp;&raquo; Y a-t-il une vie après Les Soprano ? &laquo;&nbsp;</em>. Selon le magazine, ce sera difficile pour HBO (la chaine qui diffuse <em>Les Soprano</em> aux États-Unis. Ndr), et pour la télé en générale, de proposer à l&#8217;avenir un programme aussi fort et aussi convaincant.<br />
Alors David, y a-t-il des séries qui vous ont convaincues dernièrement ? Ou impressionnées ?</strong></p>
<p><strong>David Chase : </strong>Et bien, je dois commencer par dire que je ne regarde pas tellement la télévision. Je regarde les journaux, de vieux films et les chaines cinéma, mais je ne regarde pas vraiment les séries spectaculaires. Il y a une série que j&#8217;aime bien, c&#8217;est <em>Mad Men</em>. Matthew Weiner, qui en est le créateur et le producteur, est un ami. Il a travaillé pour moi. C&#8217;est la raison pour laquelle je me suis intéressé à cette série en premier lieu. Mais, indépendamment de ça, je trouve que c&#8217;est une bonne série. Même si nous n&#8217;étions pas amis, je crois que j&#8217;aimerais.</p>
<p><strong>En quoi cette série sort du lot ? Vous ne regardez pas beaucoup la télé, mais pourquoi regarder Mad Men ?</strong></p>
<p><strong>D.C. </strong>: Pour moi, <em>Mad Men</em> s&#8217;adresse vraiment à des adultes. En un sens, la série traite des vrais problèmes auxquels doivent faire face les adultes aux quotidien. C&#8217;est à dire l&#8217;argent, élever des enfants, les luttes de pouvoir au bureau, la carrière. Pour moi, c&#8217;est vraiment ça l&#8217;âge adulte. Même si l&#8217;action se déroule dans les années 60. Les autres séries américaines ne parlent pas de ces sujets.<br />
Ce que je veux dire, c&#8217;est que je ne suis pas flic. Je ne connais pas personnellement de flic. Je ne connais pas de tueurs psychotiques non plus. Et c&#8217;est pourtant de ça dont parle la télévision la plupart du temps. Des policiers, des juges, des médecins, des journalistes, des maires&#8230; pour moi, ce n&#8217;est pas la réalité.</p>
<p><strong>A propos de <em>Mad Men</em>, même si le titre même parle d&#8217;hommes, je pense qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;une série incroyable par sa capacité exceptionnelle à dresser des portraits de femmes. Ce qui en fait l&#8217;un des grands intérêts de la série.</strong></p>
<p><strong>D.C. </strong>: Je suis d&#8217;accord. Si je me réfère à mon adolescence, je ne me souviens pas avoir été aussi sexiste qu&#8217;on pourrait le voir dans la série. Mais, à cette époque, je ne travaillais pas, je n&#8217;étais pas dans un bureau à New York.</p>
<p><strong>Vous dîtes ne pas trop regarder la télévision, mais vous êtes toujours un acteur principal de son industrie. A votre avis, quel est son avenir ? La créativité, au moins de notre point de vue français, semble toujours au rendez-vous. </strong></p>
<p>D.C. : Vous savez, je ne vis pas vraiment à Los Angeles, même si les racines de mon travail s&#8217;y trouvent. Je ne suis donc pas réellement ce qui se dit à Los Angeles. Mais ce que beaucoup de monde dit, et des gens de la télévision entre autre, c&#8217;est que les meilleurs scénarii aux Etats-Unis sont à la télévision, et non plus dans l&#8217;industrie du cinéma comme c&#8217;était le cas avant. C&#8217;est ce que disent certains.</p>
<p><strong>Cela ne me surprend pas. Il semble exister deux façons de captiver un public. D&#8217;un coté des séries lentes travaillant la psychologie des personnages (<em>Soprano, The Wire , Mad Men</em>) et d&#8217;autres qui essayent d&#8217;accrocher le public avec un rythme beaucoup plus haletant multipliant les rebondissement avec les « cliffhangers » &#8230;&#8230; En tant que téléspectateur, aimez-vous les deux styles ?</strong></p>
<p>D.C : Tout ce qui me divertit me plait. Que ce soit rapide ou lent, cela ne m&#8217;affecte pas vraiment. Tout ce qu&#8217;il me faut, c&#8217;est que le spectacle soit distrayant. Mais je ne trouve pas la plupart des séries télé distrayantes. J&#8217;ai toujours l&#8217;impression de les avoir vues cent fois. J&#8217;ai déjà vu ces flics, ces médecins, ces avocats, ces gens au tribunal qui prétendent parler de choses très importantes. Cela m&#8217;ennuie. Vous savez, pour moi, des gens qui parlent de la procédure criminelle, c&#8217;est vraiment la solution de facilité.</p>
<p><strong>Avez vous regardez quelques épisodes de <em>Damages</em> ?</strong></p>
<p><strong>D.C. </strong>: Je n&#8217;ai jamais vu aucun épisode. Ce doit être ma faute, parce que, comme je viens de vous le dire, on m&#8217;a dit que ça parlait d&#8217;avocats, alors je suis juste parti dans l&#8217;autre sens.</p>
<p><strong>Certains sujet sont exploités et creusés à l infini mais on peut voir régulièrement débarquer des choses véritablement innovantes, je pense par exemple à « United state of tara ». Vous travaillez avec  Terence Winter (co-scénariste de 23 épisodes des <em>Soprano</em> avec <em>David Chase</em>. ndr). Son projet Boardwalk  Empire est aussi une vraie histoire originale. Vous en avez entendu parler ?</strong></p>
<p><strong>D.C. </strong>: Oui, j&#8217;en ai entendu parler. J&#8217;ai lu le script. Je pense que c&#8217;est très très bon. L&#8217;histoire se déroule dans les années 1920. À mon avis, c&#8217;est un regard sur la prohibition des années 20 que les Américains n&#8217;ont jamais vu. Comme tout ce que fait Terry, c&#8217;est très bien fait, très intelligent. Vous savez comme Terry, Mat (Matthew Weiner) et moi-même avons travaillé ensemble, je pense que nos goûts sont similaires. A mon avis, j&#8217;aimerai tout ce que fera Terry et tout ce que fera Mat.</p>
<p><strong>D&#8217;ailleurs avez-vous vu <em>Atlantic City</em> de Louis Malle ?</strong></p>
<p><strong>D.C.</strong> : Oui, il y a bien des années (soupir).</p>
<p><strong>La qualité des séries télé progressant, j&#8217;ai l&#8217;impression d&#8217;être de plus en plus exigeant envers les longs métrages. Par exemple, il m&#8217;est plus difficile de me laisser prendre par un film de mafia ou de police après avoir vu <em>Les Soprano</em>, <em>The Wire</em> ou <em>The Shield</em>. Encore une fois c&#8217;est dû je pense à l&#8217;identification des personnages travaillés dans la longueur.</strong></p>
<p><strong>Vous écrivez actuellement un long métrage. Pour vous, ce cadre restreint pour construire un personnage ou une histoire représente-t-il un challenge ? Ou peut-être est-ce un soulagement de n&#8217;avoir qu&#8217;une heure et demi pour raconter votre histoire ?</strong></p>
<p><strong>D.C. </strong>: C&#8217;est une question difficile. A mon avis, c&#8217;est à la fois un challenge et un soulagement. Je sais comment construire une série qui va durer plus de 6 ans. Dans un film, la narration doit être plus concise et, heureusement, plus visuelle. Je pense que regarder une série et regarder un film sont deux expériences très différentes. Dans un film, il faut trouver un moyen de raconter une histoire, non seulement avec les dialogues, mais aussi avec ce qu&#8217;il se déroule en arrière-plan, la couleur de la pièce où se déroule l&#8217;action, le genre de voiture qui traverse le champ, la musique, bref, tout ce qui fait l&#8217;essence d&#8217;un film par rapport à une série télé.<br />
Nous avons essayé de faire ça sur <em>Les Soprano</em> et certains pensent que nous y sommes arrivés. Je suis content de l&#8217;entendre, et encore plus quand on crée un long métrage. Mais, je trouve encore plus gratifiant de regarder l&#8217;évolution des personnages à travers le temps. Les gens regarderont toujours les séries télé parce qu&#8217;ils tombent amoureux des personnages.<br />
Vous savez, avant les séries télé, il y avait les films. Et on était tous très heureux avec les films. Il y avait d&#8217;inoubliables personnages. Et on peut aller plus loin que l&#8217;histoire récente de l&#8217;industrie du film et trouver des personnages totalement charmeurs et compliqués. Ce qui se passe avec les films, c&#8217;est qu&#8217;ils abandonnent complètement l&#8217;histoire. Surtout les films hollywoodiens typiques. La capacité et le désir de raconter une histoire est en train de disparaître.</p>
<p><strong>Par exemple et ça n&#8217;engage que moi, je n&#8217;ai vu que récemment  le dernier épisode de la franchise <em>Batman</em>. Un bon épisode de <em>24 Heures</em> (la grande époque) de <em>Damages</em> ou de <em>Lost</em> parvient à m&#8217;apporter plus de plaisir du fait d&#8217;une tension dramatique que j&#8217;estime bien supérieure.</strong></p>
<p><strong>D.C. </strong>: A mon avis, c&#8217;est parce que dans ces gros films hollywoodiens, le personnage ne peut pas être trop complexe, parce qu&#8217;il est écrit pour des enfants. Alors comment pourriez-vous vous identifier avec un enfant de six ans ? Si un enfant de six ans est complètement happé par un personnage, pourquoi le seriez-vous ? Vous ne lisez plus d&#8217;histoire comme <em>Eric le gentil ver</em>&#8230;</p>
<p><strong>Mais <em>Batman</em> est censé être un super héros complexe.</strong></p>
<p><strong>D.C.</strong> : On connait tous l&#8217;histoire de <em>Batman</em>. C&#8217;est un dessin animé. L&#8217;histoire est incroyable. Il est riche, il veut combattre le crime et il enfile son costume de chauve-souris et il sort combattre les criminels. C&#8217;est une histoire pour les enfants, simpliste. Ils ne vous montreront jamais ses problèmes d&#8217;alcool. Ni son mariage raté. Ils ne montreront pas qu&#8217;il veut un enfant mais qu&#8217;il ne trouve pas de femme pour en avoir. Tout ce que vous pourriez trouver intéressant n&#8217;y sera pas.</p>
<p><strong>Mais les critiques françaises, même les plus redoutables, ont applaudi  <em>Dark Night</em>.</strong></p>
<p><strong>D.C.</strong> Je n&#8217;ai pas vu ce film, mais je pense que&#8230; avez-vous vu <em>Iron Man</em> ?</p>
<p><strong>Oui, et je pense que<em> Iron Man</em> est distrayant, parce qu&#8217;il n&#8217;essaie pas de vous amener dans quelque chose de trop sérieux, ce que fait <em>Batman</em>. Il y a  du second degré, de la distance et de l&#8217;ironie dans <em>Iron Man</em>.</strong></p>
<p><strong>D.C. </strong>: Je pense que l&#8217;ironie est ce qui fait le plus réagir les adultes, particulièrement à ce moment de notre histoire. Si vous faîtes un film pour les enfants, vous ne pouvez pas y inclure trop d&#8217;ironie, parce que les enfants ne comprennent pas l&#8217;ironie. Ils ne comprennent pas que le personnage ne pense pas forcément ce qu&#8217;il dit. Ils ne comprennent pas non plus que le personnage plaisante quand il dit quelque chose d&#8217;atroce. Ils ne comprennent pas non plus bien des niveaux de référence, ils ne comprennent pas quand le personnage fait référence à un fait dans l&#8217;histoire récente ou dans la société de tous les jours. Ils ne comprennent pas ces références et alors toute leur attention se dissipe. Ce qui vous, vous intéresse et que les enfants ne peuvent pas saisir, c&#8217;est la contradiction chez le personnage. C&#8217;est ce qui manque cruellement. Vous savez, vous, moi et tous ceux qui ont eu leur bac et qui lisent de temps en temps, nous sommes interpelés par la contradiction. Les personnages sont intéressants quand ils se contredisent eux-mêmes. Quand ils agissent différemment de ce qu&#8217;ils disent. Ou quand ils disent une chose et que deux mois plus tard ils disent l&#8217;inverse. Nous voyons ça comme la vraie vie, mais pas les enfants. Donc, on ne peut pas avoir de contradictions si l&#8217;on veut que les enfants puissent suivre. Et là, on touche à ce que je déteste vraiment dans la télévision. Même ces personnages faits pour les adultes, n&#8217;ont pas de contradictions. Vous seriez surpris de ce qu&#8217;on peut entendre quand on fait une série télé. (Il prend une voix nasillarde) &nbsp;&raquo; Pourquoi est-ce qu&#8217;il fait ça, il vient juste de dire qu&#8217;il aimait cette fille? Maintenant, on a l&#8217;impression qu&#8217;il ne l&#8217;aime pas. &nbsp;&raquo; Et bien, exactement, il semblerait qu&#8217;il se pose des questions. &nbsp;&raquo; Oui, mais est-ce que ça ne va pas être trop déroutant ? &nbsp;&raquo;</p>
<p><strong>On a brièvement évoqué votre projet de long métrage. Si ce n&#8217;est pas top secret, que pouvez-vous nous en dire ?</strong></p>
<p><strong>D.C.</strong> : D&#8217;abord, je ne l&#8217;ai pas fini. J&#8217;en suis encore qu&#8217;au tout début. Et c&#8217;est plus compliqué que ce que je croyais. Écrire est toujours difficile. Parce que dans ce cas, l&#8217;histoire s&#8217;inspire de ma vie de jeune adulte. J&#8217;ai du mal à gérer le fait qu&#8217;il y ait des éléments de ma vie dans l&#8217;histoire. Je trouve que c&#8217;est&#8230; quel est le mot exact?&#8230; c&#8217;est un peu embarrassant.</p>
<p><strong>Donc c&#8217;est un film sur la musique et sur le rock&#8217;n roll ?</strong></p>
<p><strong>D.C</strong> : Oui</p>
<p><strong>Vous êtes un fan de rock&#8217;n roll ?</strong></p>
<p><strong>D.C.</strong> : J&#8217;aime toujours ça, oui. Peut-être que d&#8217;ici la fin du film, j&#8217;en serai dégoûté, mais pour le moment je suis un fan de rock.</p>
<p><strong>J&#8217;ai appris que vous travailliez en parallèle sur un autre projet ?</strong></p>
<p><strong>D.C.</strong> : Top secret pour le moment (rire).</p>
<p><strong>A ce niveau de la création, vous travaillez seul ? Décrivez nous une journée de travail normale pour vous. Seul dans une pièce avec votre machine à écrire, vous forçant à penser au projet x heures par jour, ou est-ce plus déstructuré ?</strong></p>
<p><strong>D.C.</strong> : Théoriquement, je suis censé travailler seul dans une pièce avec mon ordinateur portable et écrire. Mais, vous savez, c&#8217;est tout le problème avec l&#8217;écriture : s&#8217;assoir sur une chaise et le faire. Donc, j&#8217;ai besoin d&#8217;excuses pour ne pas le faire. Aller chercher mon courrier. Aller manger. Aller à la dernière exposition au MET (Metropolitan Museum of Art. ndr), parce que, même si c&#8217;est une expo sur l&#8217;art érotique dans les fables de la Renaissance, ça a peut-être un lien avec mon film. On trouve toujours une excuse.<br />
Il y eut un temps où je sortais pour écrire le script. Mais je connaissais les personnages. Je les avais créés, travaillés dessus pendant longtemps, je les connaissais très bien, donc je pouvais facilement écrire le script.<br />
Mais la plupart de mes journées, je les passais à discuter avec les autres scénaristes, avec les producteurs, les réalisateurs, avec les acteurs. J&#8217;avais donc beaucoup de stimulations et de distractions. Être seul et écrire, je ne l&#8217;ai pas fait depuis longtemps.</p>
<p><strong>Pouvez-vous nous parler de l&#8217;écriture collective ? Il semble que ce soit une des clés du succès des séries américaines. Comment avez-vous géré cette collection d&#8217;égos ? Comment ça  fonctionne au quotidien ?</strong></p>
<p><strong>D.C. </strong>: Dans un système d&#8217;écriture collective, il faut que la voix d&#8217;un des scénaristes soit plus importante. C&#8217;est en tout cas comme ça que je fonctionne, et c&#8217;est comme ça que fonctionnent la plupart des séries. Il faut vraiment que le travaille reflète la voix d&#8217;un seul. Moi, dans ce cas. Parce que c&#8217;est moi qui fait la majorité du travail conceptuel. Mais ce n&#8217;est pas que moi, c&#8217;est le cas de tous ceux qui montent une série. Être la voix de la série et indiquer la voie à suivre, c&#8217;est ça votre travail. Et vous faîtes ça à un niveau macroscopique et microscopique. Une fois que vous êtes capable d&#8217;expliquer ce que vous voulez, il faut que les scénaristes exécutent et écrivent ces scripts. Certains apportent quelque chose. Comme <em>Matthew Weiner</em>, comme <em>Terrence Winter</em>. Certains n&#8217;apportent rien et il faut complètement réécrire le script. Mais même ceux qui apportent énormément, vu que c&#8217;est ma voix qui est en jeu, vu que c&#8217;est ma série, vu que Les Soprano est ma création, à la fin, je retouche un peu le script. Donc quand vous parlez d&#8217;écriture collective, ce n&#8217;est pas tout à fait le cas.<br />
Avec Mat et Terry, c&#8217;est de la collaboration. Mat et Terry diraient &nbsp;&raquo; David est <em>Duke Ellington</em> et on joue dans l&#8217;orchestre &laquo;&nbsp;:. Et c&#8217;est comme ça que ça marche pour toutes les séries télé.</p>
<p><strong>J&#8217;ai entendu dire que dans certaines séries, un ou plusieurs scénaristes s&#8217;accaparent le développement narratif d&#8217;un personnage. C&#8217;est ce que semblait indiquer Bryan Fuller (showrunner de <em>Pushing Daisy</em> et qui avait travaillé sur la première saison de <em>Heroes</em> au coté de Tim Kring).</strong></p>
<p><strong>D.C.</strong> : J&#8217;imagine qu&#8217;il y a plusieurs façons de travailler. Je n&#8217;avais jamais entendu parler de ça. Je ne vois pas comment ça peut marcher. Mais on ne fait pas une série qui ressemble à <em>Heroes</em>. <em>Heroes</em> tient plutôt du cartoon, et ça peut peut-être marcher pour des séries comme celle-ci. Quand vous faites une BD, vous pouvez vous concentrer sur un seul personnage. Quelqu&#8217;un dessine <em>Batman</em>, un autre Joker&#8230;</p>
<p><strong>Je pense que le but est  d&#8217;approfondir au maximum la trajectoire et la psychologie des personnages.</strong></p>
<p><strong>D.C. </strong>: Ça n&#8217;a aucun sens. Soit vous êtes scénariste, et vous pouvez comprendre la psychologie des personnages, soit vous ne pouvez pas. Pourquoi est-ce que vous comprendriez mieux la psychologie d&#8217;un personnage plutôt qu&#8217;un autre ? Le scénariste est tous les personnages. C&#8217;est ma théorie. Nous n&#8217;aurions jamais pu faire Les Soprano de cette façon. Même si je pense que certains qui ont travaillé sur la série ont essayé de dire des choses comme &nbsp;&raquo; oui, c&#8217;est moi qui ai fait le personnage féminin &laquo;&nbsp;. C&#8217;est des conneries.</p>
<p><strong>Comment se passait votre relation avec HBO ? Aux États-Unis, la collaboration avec les studios et le département marketing est de rigueur.</strong></p>
<p><strong>D.C.</strong> : Quand je suis arrivé chez HBO, je ne savais rien d&#8217;eux. J&#8217;ai été surpris de découvrir à quel point ils étaient doués pour promouvoir la série. Le marketing n&#8217;a jamais été mon intérêt principal. Je suis scénariste. Ils m&#8217;ont amené dans le processus marketing de la série. Et j&#8217;ai été surpris de voir à quel point ils étaient avancés. Nous avions donc de très bonnes relations, et ils ont toujours su promouvoir le film.<br />
Par exemple, j&#8217;ai travaillé sur une série pour NBC qui s&#8217;appelle <em>I&#8217;ll fly away</em>. Ça se passe dans le sud pendant la lutte pour les droits civiques aux États-Unis. Quand des noirs avaient le droit de vote, et de s&#8217;asseoir dans un bus ou de boire à une fontaine. La série parlait du combat de cette bonne noire qui travaille pour un représentant du ministère public du sud. Et ils s&#8217;affrontent. C&#8217;était une série dure. On voyait des noirs attaqués par des chiens, des maisons qui brulent et à chaque instant on pouvait voir, sur le personnage Lily, ce que veut dire être un citoyen de deuxième classe. Quand NBC a voulu promouvoir la série, ils l&#8217;ont fait avec la musique de Louis Armstrong, <em>What a wonderful world</em> (il chante les premières phrases). Mais ce n&#8217;était pas du tout un monde merveilleux. C&#8217;était un monde où la moitié de la population était complètement écrasée en tant que citoyen. C&#8217;était un mensonge. Le marketing était un mensonge.</p>
<p><strong>Dans toute industrie, visant à s&#8217;adresser à un public, les marketeurs tentent de segmenter leur audience (le fait de créer un film, un jeu ou une série plus spécifiquement pour  une « niche » &#8230;). <em>Gossip Girl</em>, conçu pour captiver d&#8217;abord les teens et les jeunes mais qui a l&#8217;arrivé séduit d&#8217;autres tranches d&#8217;âge. Et pourtant, l&#8217;œuvre véritablement iconique est celle qui parvient à séduire tout le monde, <em>les Soprano </em>est l&#8217;exemple parfait. Mon neveu de 18 ans, plutôt amateur de film d&#8217;horreur et de jeu vidéo, est un grand fan de la série. Rétrospectivement aviez-vous en tête un cœur de cible précis lorsque vous avez conçu la série ou cela tient il du miracle ?</strong></p>
<p><strong>D.C.</strong> : Je n&#8217;y pense pas trop. J&#8217;essaie juste d&#8217;être créatif. Je pourrais être intéressé par un film pour enfants. Si c&#8217;est le cas, alors j&#8217;essaierai d&#8217;écrire pour les enfants. A part ça, je n&#8217;y pense pas. J&#8217;ai fait Les Soprano parce que je pensais que c&#8217;était sympa et que j&#8217;aimais les personnages et c&#8217;est tout. Finalement, <em>Les Soprano</em> a très bien marché au delà de toute considération démographique ou même géographique. J&#8217;en suis content. Mai ce n&#8217;est pas intentionnel. Nous ne l&#8217;avons pas fait consciemment. Nous n&#8217;avons rien fait pour que les enfants aiment la série. Ça a été une grande surprise de voir que la série marchait si bien chez les jeunes.<br />
Si vous dîtes que la série est innovante, j&#8217;en suis content, mais je n&#8217;irai pas le dire. Mais si c&#8217;est vous qui le dîtes, alors j&#8217;imagine que nous avons dû faire quelques chose comme il faut. Nous avons juste écrit le mieux que nous pouvions, jouer le mieux que nous pouvions, réaliser le mieux que nous pouvions. Nous avons fait quelque chose que tout le monde veut voir. Tant mieux, mais vous avez raison y parvenir est très difficile.</p>
<p><strong>Il y a un buzz énorme sur les webséries, telles que celle créée par Josh Whedon (<em>Dr Horrible Sing along blog</em>). Y en a-t-ils qui ont attiré votre attention ?</strong></p>
<p><strong>D.C.</strong> : Je dois être franc. Je viens juste d&#8217;avoir une connexion sans fil. L&#8217;année dernière je crois. Avec ça, tout va plus vite, et ça ouvre beaucoup de possibilités. Avant, j&#8217;avais une connexion par ligne téléphonique, je ne connaissais même pas l&#8217;existence de la connexion sans fil. Et je travaillais sur Les Soprano de toute façon, donc je n&#8217;utilisais pas vraiment Internet.<br />
Ce n&#8217;est pas que je n&#8217;aime pas séries sur Internet, mais Internet est juste un véhicule pour porter un signal. Comme la télévision ou les salles de cinéma. Ce sont des véhicules concrets pour diffuser le contenu d&#8217;un film. Donc je n&#8217;ai rien contre Internet. Il y a un support qui me déplaît, c&#8217;est le téléphone portable. Il y a trop de distractions autour. C&#8217;est une autre raison pour laquelle Hollywood a décidé de rendre ses films plus accessibles, parce que les gens ne sont plus attentifs aujourd&#8217;hui. La télévision en est l&#8217;origine. Avant, la télé était comme les salles de cinéma dans les anciens temps. Un centaine de personnes s&#8217;asseyait devant le film et si quelqu&#8217;un parlait, on entendait CHUUUUT. Ça arrive de moins en moins. Maintenant, les gens sont chez eux, ils regardent leur série et ils en parlent en même temps, ou alors ils donnent le bain du chien. La capacité de concentration du public est altérée par toutes ces distractions. Et ça continue. Aujourd&#8217;hui dans les salles de cinéma, les gens parlent tout le temps. Alors regarder un film sur votre téléphone portable pendant que vous attendez à l&#8217;aéroport, c&#8217;est tellement&#8230; d&#8217;abord l&#8217;image est mauvaise, le son est mauvais, plus toutes les distractions autour de vous. Je trouve que c&#8217;est presque offensant. David Lynch disait <em>&nbsp;&raquo; Si vous regardez un film sur votre téléphone portable, vous croyez avoir vu le film, mais vous ne l&#8217;avez pas vu. Vous n&#8217;avez jamais vu ce film &laquo;&nbsp;</em>. Je suis d&#8217;accord avec cette phrase.</p>
<p><strong>Pourquoi ne pas faire des programmes de deux minutes destinés seulement aux téléphones portables comme c&#8217;est le cas au Japon ?</strong></p>
<p><strong>D.C. </strong>: Vous disiez aimer l&#8217;ironie et la contradiction. Je ne crois pas que l&#8217;on puisse vous l&#8217;apporter en deux minutes sur un téléphone.</p>
<p><strong><br />
La &nbsp;&raquo; fan culture &nbsp;&raquo; n&#8217;a rien de nouveau mais Internet permet au fan de trouver leur public, public qui se met lui-même à écrire ou a réaliser. En même temps, les networks se mettent à considérer les réactions du public en temps réel quitte a intégrer leurs desiderata. Est-ce que c&#8217;est quelque chose avec lequel vous seriez à l&#8217;aise ?</strong></p>
<p>D.C. : Cela me dérangerait énormément, je préférerais quitter le projet. (silence) Je pense que cette fan culture et tout ce qui a attrait à Internet pourrait représenter une toute nouvelle étape dans l&#8217;évolution humaine ou dans le développement de sa narration. Parce que tout le monde n&#8217;a pas la capacité ou le tempérament de s&#8217;asseoir et d&#8217;écrire un roman. Mais peut-être que le mécanisme en image est plus facile. Si chacun peut devenir une pièce de l&#8217; &laquo;&nbsp;entertainment &laquo;&nbsp;, ça va tout changer. Ils n&#8217;auront plus besoin de gars comme moi. Je suis un peu parano, mais même si le potentiel est formidable, ça change toute notre façon de travailler.</p>
<p><strong>Rien de nouveau, après tout, il y a toujours eu des fous furieux de <em>la Guerre des Étoiles</em>. Mais aujourd&#8217;hui, il y a plein de blogs où les fans font des courts métrages, parfois même de nouveaux épisodes. C&#8217;est intéressant, mais ça peut également détruire les efforts consentis pour certaines séries. C&#8217;est ce qui est arrivé avec la saison 2 de <em>Heroes</em>. Les plus jeunes voulaient de l&#8217;action, alors qu&#8217;ils essayaient d&#8217;approfondir l&#8217;intrigue. Ils ont été crucifiés, ils ont presque dû s&#8217;excuser quand la série a été diffusée.</strong></p>
<p><strong>D.C. </strong>: C&#8217;est comme l&#8217;Union Soviétique ou la Chine. Ils auraient dû aller se faire réparer le cerveau pour être débarrassés de leurs idées réactionnaires.<br />
Ce qu&#8217;ils auraient vraiment dû dire, c&#8217;est &nbsp;&raquo; Allez vous faire foutre &laquo;&nbsp;.</p>
<p><strong>Revenons à votre long métrage. Quand allez-vous tourner ? Et quand pourra-t-on le voir ?</strong></p>
<p>D.C. : On verra. Je viens de discuter avec la Paramount pour finir le script en mai. S&#8217;ils sont d&#8217;accord, nous préparons tout pendant l&#8217;été &#8211; nous tournons durant l&#8217;automne ou l&#8217;hiver 2009. Et si on pense que la postproduction prendra environ un an&#8230; je sais pas, disons hiver 2010. Non, non attendez&#8230; (il refait ses comptes à voix basse). Peut-être été 2010.</p>
<p><strong>David merci pour votre temps.</strong></p>
<p><em>Propos recueillis par Vincent Balusseau.</em></p>
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