Un clip, c’est avant tout une rencontre. Entre un chanteur et un réalisateur autour d’un thème. Autour d’une compréhension commune et souvent tacite. Pour sa chanson ultra personnelle et allégorique La Crise, Da Silva a pu compter sur la sensibilité sans pareil de Michelange Quay. Le réalisateur cosmopolite (Américain d’origines haïtiennes, vivant en France et grand amateur de jeu de Go) a signé un long en 2008 Mange Ceci Est Mon Corps. Il se démarque par son cinéma total, englobant philosophie, religion, science et fiction.
Pour le chanteur neversois, il signe un clip remarquable, produit par PH TV, dont il nous explique la portée.
Rencontre avec ce réalisateur hors norme.
Qu’avez-vous voulu faire avec ce clip de Da Silva ?
Le morceau est en lui-même un challenge, il parle de la crise économique, politique, écologique mais aussi morale. Dans cette chanson, on cherche une solution intime à un problème global. Et la réponse c’est l’amour. Une réponse pure et honnête.
Le soucis, c’est que la phrase clé, « Dieu que j’aime ton petit cul« , peut être prise comme une fuite, une dérision, une blague. Alors que pas du tout. Il y a du funambulisme dans tout ça. Je voulais mettre toute la gravité, le sérieux et l’honnêteté de Da Silva dans ce clip.
Je ne connaissais pas Da Silva, alors j’ai commencé par Wikipedia comme tout le monde, puis je me suis mis dans son souffle. La question qui me hantait, c’était : comment trouver un équilibre entre global et intime sans être didactique ? Comment faire comprendre qu’en parlant d’un « petit cul« , on dit je t’aime ? En faisant s’assoir des femmes devant un drap noir, j’offrais une image du global tout en étant dans l’intime, dans l’honnête, sans fard. Il fallait de vrais regards, si le spectateur prend un pas de recul, il voit le clip et plus la vérité. C’est seulement dans cette vérité que le « petit cul » est compris à son juste sens.
On retrouve ce procédé, cet équilibre entre l’universel et le personnel, dans le début de Manhattan de Woody Allen ou dans le clip Everybody Hurts de REM. C’est parfois quand on cherche à éviter de parler d’un sujet qu’on en parle le mieux.
Dans vos précédents films, il y a déjà une vraie volonté à faire correspondre les images et la narration avec la musique. C’est étrange que ce ne soit que votre premier clip.
Je suis un fou de musique. Je suis DJ. Pour m’amuser. J’aimerai pouvoir étudier plus le vaudou haïtien et le mettre dans mes films, parce que pour moi la musique est fondamentalement transcendantale. Mais en France, on ne peut pas changer de casquette aussi facilement. Mais c’est en train de changer. Regardez David Lynch dont je suis un grand fan. Maintenant, je veux refaire des clips. J’ai adoré. Surtout, la responsabilité vis-à-vis du chanteur.
Justement, vous qui écrivez vos propres scenarii, est-ce plus facile ou plus dur de travailler à partir de l’histoire d’un autre ?
C’est plus facile dans un certain sens, parce qu’il y a moins d’égo engagé. Le regard est plus lucide. J’ai ressenti beaucoup plus de confiance en moi que d’habitude. Un peu comme un prêcheur qui parle à la foule, qui incarne quelque chose de plus grand que lui. Mystiquement, on est plus soi-même.
La réalisation est-elle un travail introspectif selon vous ?
Non, mais c’est révélateur. C’est comme de la graphologie.
Quels sont vos clips préférés ?
Stress de Justice.
Night Of The Living Baseheads de Public Enemy.
My Philosophy de Krs One
Il y a beaucoup de thèmes différents dans vos films, même souvent paradoxaux. Quel est votre ligne conductrice ?
Je veux que quelque chose se passe sur place. Il faut des gens qui incarnent. Si tu vas au Tibet et que le mec fait un mandala auquel tu ne comprends rien, et tu ne sais même pas si il est la 2ème ou 3ème réincarnation d’untel ou d’untel, mais lui, il incarne son truc, et toi du coup, tu y vois une cohérence.
Dans le clip de Da Silva, si on dit aux femmes qu’on filme, « sois toi-même« , c’est impossible. Mais si on dit, par exemple, « tiens, tu as un fil sur l’épaule« , leur geste pour l’enlever va être d’une grande poésie. Parce qu’il est vrai, il est incarné.
Haïti possède ça. Haïti a la capacité à tout transformer en culture. Il suffit de ramener un objet commun dans le temple de la maison, et il devient objet de culte. Il y a une improbabilité de vie à Haïti qui fait que tout entre dans la culture. Par exemple pour le séisme, personne n’a dit c’est Dieu ou c’est les plaques tectoniques. On a dit, c’est Dieu qui a fait bouger les plaques.
Vos images sont toujours très léchées. Qu’est-ce qui est le plus important pour vous dans la réalisation : le fond ou la forme ?
Une fois qu’on a trouvé le cadre, le placement, la lumière, tout, alors la scène sonne comme une note juste. C’est un jeu de domino où tout se tient. Chaque chapitre doit vivre sa propre vie. Un film c’est comme un rêve, parfois le scénario global peut nous échapper mais la cohérence reste. C’est la magie de l’œil humain.
Comment êtes-vous venus à la réalisation ?
Avant, j’étais à fond dans la BD, je n’avais pas d’aspirations particulières. Et puis, j’ai pris un cours de cinéma à l’université. Il fallait découper une scène de dialogue entre De Niro et Liotta dans Les Affranchis. D’un coup, c’est comme si j’avais soulevé le rideau du sorcier. Du jour au lendemain, je n’ai plus voulu faire que ça. Je n’avais jamais perçu avant le nombre de décisions qui se cachait derrière une scène. C’est comme la vie. On pense à nos factures, aux problèmes et on oublie la magie qu’il y a derrière. En découvrant la réalisation, j’ai redécouvert la beauté de la vie.
Vous avez des projets ?
J’adore les séries (surtout The Wire, j’ai jamais vu une série se tenir sur aussi longtemps), mais en France ce n’est pas possible. Tous mes amis aux États-Unis sont dans des pools d’écriture. En France, cette économie est trop fermée. Mais je vais faire un deuxième long métrage. J’ai envie de tourner. J’en ai même besoin. Je n’avais pas tourné depuis 2008 avant ce clip. Ça m’a rappelé à quel point j’aime ça. L’intensité émotionnelle avec le groupe. « I want to go back to Saïgon » (rires).
Vous avez un diplôme d’anthropologie. Y a-t-il une différence entre cette matière et la réalisation ?
Les mots changent, mais l’envie est la même. L’anthropologie montre les peuples dans leur aspect sémiotique, comment ils se disent. Dans le clip de Da Silva, je voulais montrer cette France éthiquement complexe. La France black, blanc, beur que j’ai connu en arrivant. Les mentalités se sont durcies depuis. Partout d’ailleurs. Aux États-Unis, on a jamais été aussi réac, même à l’époque où on lynchait, et pourtant on a un président noir.












slt je ss l’un de vos fan. Camerounais de Yaoundé. cmt faire pr entrée en contact avec vous j’aimerai suivre vos trace. merci
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